L’expression par le biais de la sculpture est un refuge de création dans lequel l’artiste consacre tout son temps. La fascination de l’artiste réside surtout dans la texture des matériaux utilisés qui évoquent la fouille archéologique, la découverte des trésors de l’art primitif et parfois des civilisations précolombiennes. L’art primitif est controversé dans la mesure où il traduit une conception évolutionniste et ethnocentrique des sociétés humaines: les sociétés occidentales étant pour « l’art abouti » s’opposant à « l’art primitif » resté proche de la nature et de l’esprit animiste. Si cette vision est largement remise en cause aujourd’hui, les expressions subsistent. La sculpture de Lynda Ritchie fait référence à une tradition culturelle millénaire dont toute la production fait partie du cœur de l’espace mésoaméricain réinventé, reconstitué avec l’imaginaire de l’artiste.
Sa technique lui est propre et consiste à creuser dans le sable un moule qu’elle remplit avec du plâtre et/ou du béton qui se fige en gardant la forme sculptée. Derrière cette matière rugueuse et usée qui pénètre les objets se dessine une histoire étrange et silencieuse enfouie dans la mémoire collective du monde, figée dans le temps. Son exploration nous plonge dans l’atmosphère mystérieuse des civilisations anciennes. Ses personnages invitent les amateurs d’art à une réflexion sur leur origine, sur le passé, sur l’Histoire. La sculpture sous cette forme particulière rend l’œuvre finale intemporelle ; elle résistera au temps, comme ces vieilles civilisations qui ont laissé derrière elles des sculptures monumentales, sans vieillir et sans se démoder. Lynda Ritchie laisse des traces d’un passé révolu dans le présent afin que l’avenir soit témoin de ce qui aura été.
Sa démarche est pertinente et issue d’une recherche pointue avec divers médiums qui se marient entre eux. Aujourd’hui, elle poursuit son cheminement artistique avec, notamment, l’exploitation de vieilles portes récupérées qui portent en elles leur propre histoire. Elle en fait des paravents de bois avec l’intégration judicieuse de sculptures tout en leur donnant une cohérence calculée sur l’équilibre dans la composition. Elle réalise également des oeuvres-objets, à mi-parcours entre la peinture et la sculpture.




